Auteur/autrice : THALIE

  • Soyons Fous

    Documentaire réalisé par Quentin Perez en 2025

    Sortie prévue cette année en 2026

    Cinéma Rex de Pontivy

    C’est dans un contexte particulier que ce documentaire est réalisé : le covid avec ses gestes barrières, le port du masque et les diverses obligations sanitaires qui y sont liées (confinement,vaccins, tests de dépistage…).

    Le projet est précis : recruter une quinzaine de personnes souffrant de troubles psychiques et les former pour réaliser un court-métrage qui sera ensuite tourné dans les hautes-alpes et le vaucluse.

    Nous allons faire connaissance des différents acteurs, par petites touches, les idées fusent autour d’une table concernant l’élaboration du film (scénario, personnages, contexte, COSTUMES etc…).

    Quentin alterne les échanges en groupe autour du projet et les confidences de certains participants sur leur trouble psychique.

    très vite, la « formation » commence avec des ateliers variés tels que la diction, la respiration, les cascades, les exercices de théâtre (on remarquera la présence de guest stars comme Corinne Masiero qui prodigue quelques conseils sur la manière de jouer)… la technique est également enseignée avec l’art de tenir et de se mouvoir avec un micro perche ou bien utiliser une caméra en respectant certaines règles de base.

    Au delà de cet entraînement rigoureux, le dialogue est omniprésent : on écoute nos émotions et notre corps et surtout on s’écoute les uns les autres. La cohésion se crée au fil des jours, autour d’un projet ambitieux et porteur de sens : sensibiliser le public aux troubles psychiques et tenter d’éradiquer quelques clichés persistants liés à ces pathologies. En effet, il n’est pas bon d’être « malade mental » dans une société performante basée sur la compétition et la course à la perfection. d’ailleurs, on peut entendre à plusieurs reprises lors du tournage, que chacun a droit à l’erreur, qu’une éventuelle fatigue ou angoisse sera écoutée et respectée (on est loin du cinéma « classique » qui ne tient pas toujours compte de ces obstacles).

    Ces pathologies « dites invisibles » effraient car elles sont finalement peu connues et souvent associées à des stéréotypes tels que la dangerosité, l’incapacité partielle ou totale (intellectuelle, professionnelle, émotionnelle…).

    Les médias n’ont pas toujours été tendres avec la psychiatrie en mettant en exergue le trouble mental de tel ou tel assassin, alors que tant d’autres meurtres sont commis par des personnes équilibrées psychiquement.

    Au fil du documentaire, les confidences douloureuses se mêlent intimement aux scènes du tournage. des témoignages émouvants sur la maladie, les hospitalisations (parfois sous contrainte), les peurs et l’envie d’en finir…

    Isabelle aura perdu son combat, juste avant le tournage et son décès marquera tristement l’équipe, et nous, les spectateurs…

    Une piqûre de rappel qui illustre, hélas, la difficulté de vivre avec un trouble psychiatrique : l’isolement, l’incompréhension, les traitements médicamenteux et parfois cette dualité entre la rage de vivre et celle de mourir !

    Alors on apprend la résilience, on avance dans la vie comme dans ce projet de film et on se dépasse pour prouver (à soi ? aux autres ?) qu’on est capable d’atteindre un objectif. La scène finale du court-métrage, la danse dans l’obscurité, témoigne, selon moi, de cette fierté collective. la pression retombe, les esprits et les corps se libèrent et jouissent de l’instant présent.

    Cette mise en abîme cinématographique, avec des acteurs novices, curieux d’apprendre et d’entreprendre, elle fait du bien !! une expérience unique qui permet de tisser des liens et de libérer la parole en livrant des témoignages bouleversants.

    En tant que maman bipolaire, je me dois de conclure ce texte en évoquant le décès tragique d’Isabelle durant le tournage du documentaire. Son suicide permet aussi de réfléchir sur la place et la considération accordée aux handicapés dans notre société.

    Et pour reprendre l’anecdote d’amaury pascaud, le producteur du film : parfois, juste entendre un « comment ça va ? », ça peut faire un bien « fou » !!!

  • Elise sous emprise

    Comédie dramatique de Marie Rémond

    Sortie en salle le 13 Mai 2026

    Cinéma Rex de Pontivy

    Dès l’incipit, nous sommes directement plongés dans une pièce de théâtre qui surplombera tout le film : Perturbation, l’oeuvre de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard, publiée en 1967. Un auteur de génie, romancier et dramaturge, qui excelle autant dans sa prose répétitive et obsédante, que dans ses thèmes plutôt sombres et pessimistes tels que la maladie, la déchéance ou encore le suicide. On retrouve dans Perturbation, une phrase de l’auteur qui, à mon sens, résume parfaitement ce long métrage : « Les maladies sont le plus court chemin de l’homme pour arriver à soi ».

    C’est dans ce contexte que le metteur en scène de la pièce, Groutchov (Alain Françon), décède tragiquement pendant une répétition. Son assistante, Elise (Marie Rémond), se laisse totalement guider par les décisions de l’équipe et prend les rênes, malgré elle, de la mise en scène du spectacle. En parallèle, son amant, Léopold (José Garcia), la malmène à tout point de vue : infidélité, agressivité et manipulation.

    Soudain, Elise va être en proie à des crises de panique sans précédent, qui vont la plonger dans un mal-être extrême : agoraphobie, anxiété et dépression. Nous, spectateurs, sommes témoins, voire touchés par cette suffocation intenable, notamment dans le bus parisien, bondé, où l’héroïne tente désespérément de reprendre son souffle en ouvrant la vitre au-dessus de son siège. L’usage fréquent de son casque de moto intégral, fermé, qui l’isole du reste du monde, participe à cette tentative de se barricader. Le casque devient un véritable bouclier social, protégeant son cerveau vulnérable des bruits et des dangers.

    Elise se débat tant bien que mal avec ses angoisses et ses craintes et trouve enfin un moyen de sortir de ce naufrage : se faire aider par un professionnel et entamer une thérapie, alliée à un traitement médicamenteux. Mais c’est surtout dans la façon de repenser sa vie qu’elle va se rétablir : savoir s’écouter dans ses choix, ses priorités et s’écarter des personnes toxiques (c’est l’autodétermination).

    L’issue du film est plutôt encourageante puisqu’on y voit Elise épanouie et souriante, avec son nouvel ami Joseph (Gustave Kervern); ayant retrouvé de l’ambition grâce a un projet littéraire. Cependant, on ressort du cinéma un peu déboussolés par ce film qui illustre la fragilité de l’humain face à une société qui accélère, qui exige et qui condamne sans cesse. Il en faut du courage pour survivre dans cette hostilité ambiante ! Thomas Bernhard conclura cet article de la meilleure des façons :  » La vie n’est rien que l’exécution d’une peine, me dis-je en moi-même, il faut que tu supportes l’exécution de cette peine ». (Le Froid, 1984).

    Le Cri, Edvard Munch (1893 et 1917)